143 millions de « déplacés climatiques internes » d’ici 2050 ?

Changements climatiques et migrations.

Les deux termes sont souvent associés, à tort ou a raison. Les passes d’armes internationales autour de la sémantique se sont multipliées. Doit-on parler de « réfugiés climatiques », « migrants climatiques », « réfugiés écologiques » ou encore plus globalement de « réfugiés environnementaux » ? C’est finalement le terme de « déplacés climatiques » qui a été retenu par la communauté internationale, faute de reconnaissance officielle du statut de réfugié en lien avec les conséquences de changements climatiques.

En complément d’une sémantique chaotique, le combat des chiffres fait rage. En 2007, l’ONG Christian Aid comptabilise 163 millions de déplacés en raison de conflits, catastrophes naturelles et grands travaux. Le rapport, intitulé « Marée humaine : la véritable crise migratoire » prévoit même le chiffre d’un milliard de migrants en 2050, principalement lié aux causes des changements climatiques. En 2015, un rapport de l’IDMC – Internally Displacement Monitoring Centre – estime à 83,5 millions de personnes le nombre de déplacés pour des raisons climatiques entre 2011 et 2014. En 2015, l’ONU évalue, quant-à-elle, à potentiellement 250 millions le nombre de déplacés dus aux changements climatiques d’ici 2050.

Ces chiffres, bien que très différents selon les études, traduisent une certitude : les changements climatiques vont engendrer des déplacements de populations massifs. Pour comparaison, en 2017, le HCR – Haut-Commissariat pour les Réfugiés – estimait à plus de 5 millions le nombre réfugiés causés par le conflit en Syrie et 6,3 millions de déplacés internes, c’est à dire à l’intérieur des frontières syriennes.

Mais toutes ces estimations traduisent aussi une incertitude : comment mesurer la composante « changement climatique » dans la décision prise par une personne ou un ménage de migrer à l’intérieur ou à l’extérieur des frontières de son pays d’origine. Le sujet est infiniment complexe.

Nouvelle pierre à l’édifice, en mars 2018, la Banque Mondiale a publié une étude chiffrant à 143 millions le nombre de déplacés climatiques internes dans la totalité des pays composant les trois régions les plus vulnérables au monde : l’Afrique Subsaharienne, l’Asie du Sud et l’Amérique Latine. Selon cette étude, ce chiffre sera vérifié dans le cas où le scénario d’émissions de gaz à effet de serre le plus pessimiste se réalise, soit un réchauffement global de 4 à 6°C. Dans l’optique où la communauté internationale parvienne à maintenir une trajectoire de réchauffement compatible avec l’Accord de Paris, soit un réchauffement global inférieur à 2°C, ce chiffre s’élèverait à 31 millions de personnes.

Cette étude soulève une interrogation forte de sens : la migration est-elle une stratégie d’adaptation aux changements climatiques ? Ou bien accepter cet état de fait revient-il à « abandonner » les efforts d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre ?

Le débat est ouvert… mais le temps presse.