6 Nations en déni climatique

A l’heure actuelle, une chose est certaine au sujet du climat : trop peu d’États sont à la hauteur des enjeux et leurs efforts risquent d’être balayés par l’inaction de beaucoup d’autres. Pourtant, au milieu d’un immobilisme quasi généralisé, il n’est pas toujours facile d’identifier les principaux coupables. Tout dépend des critères retenus : responsabilité historique et/ou actuelle ? Émissions nationales et/ou par habitant ? Positions gouvernementales et/ou action locale  ? Etc…
Naturellement, la mauvaise foi climatique de certains pays, à l’instar des États-Unis et de l’Arabie Saoudite, est déjà de notoriété publique. Cependant, le positionnement d’autres États est tout aussi problématique mais fait moins parler. Nous vous en proposons un florilège non-exhaustif :

Australie – Malgré la multiplication des canicules, incendies et cyclones, le pays est bien installé aux 5 dernières places du Climate Change Performance Index depuis 2014 ! Trop sensible politiquement à cause de la puissance du secteur du charbon, toute ambition climatique y est impossible. En août dernier le premier ministre a même réussi à conserver son poste (pour le perdre trois jours plus tard) en sacrifiant les engagements pris suite à l’Accord de Paris. Désormais, le seul espoir écologique de l’île réside dans le milliard d’arbre que le gouvernement entend planter d’ici 2030…  

En savoir plus : Novethic – L’Australie choisit le charbon contre le climat

Brésil – C’est l’histoire d’un pays qui avait renoué avec une action cohérente pour le climat, avant l’élection présidentielle de novembre dernier. Surnommé le « Trump des tropiques », Jair Bolsonaro compte bien favoriser le développement industriel du pays, à n’importe quel coût. Ainsi, le sort de l’Amazonie, des populations indigènes et le niveau de pollution dans le pays ne semblent pas l’inquiéter… Et après avoir menacé de quitter l’Accord de Paris, le nouveau président pourrait revenir sur sa position à la condition qu’un vaste projet écologique soit abandonné en Amazonie.

En savoir plus : Le Monde – Lutte contre le changement climatique : le Brésil renonce à accueillir la COP25 en 2019

Canada – Le célèbre « Canada is back » annoncé par Justin Trudeau lors de la COP21 n’aura finalement pas fait illusion bien longtemps face à l’addiction du pays aux énergies fossiles. En plus de ne pas avoir efficacement freiné l’exploitation des sables bitumineux (un des pétroles les plus polluants au monde) et d’avoir encouragé la construction d’un vaste pipeline, Justin Trudeau fait de plus en plus face à des élus locaux réticents à son marché carbone. Dans ce contexte, le Canada s’éloigne toujours un peu plus de sa trajectoire de réductions d’émissions pour 2030, qui n’était déjà pas des plus ambitieuses.

En savoir plus : Radio Canada International – Lutte au réchauffement climatique : le Canada parmi les pires pays de la planète

Irlande – Cela peut surprendre mais c’est bien l’Irlande qui remporte depuis deux ans la palme du pire pays de l’UE en matière climatique. Pourtant, en 2013, l’action de la République d’Irlande était jugée très favorablement et en juillet 2018 une décision « historique » a été prise : l’Irlande est le premier pays au monde à bannir les investissements dans les énergies fossiles ! Réelle ambition ou manœuvre pour éviter une sanction européenne ? Difficile à dire sur le moment mais quelques mois plus tard le bilan reste très négatif, poussant les citoyens irlandais à déposer une plainte contre l’État pour inaction climatique.

En savoir plus : GEO – L’État irlandais devant la Justice pour «  sa lutte faible et sans ambition contre le réchauffement climatique »

Russie – Parmi la vingtaine de pays n’ayant toujours pas ratifié l’Accord de Paris (en dehors des États-Unis), un seul compte pour plus de 1,5% des émissions globales de GES : la Russie (7,5% environ). Rien de très étonnant après les déclarations de Vladimir Poutine niant la responsabilité humaine dans les changements climatiques. D’autant plus qu’il mise beaucoup sur l’exploitation des hydrocarbures arctiques et des routes maritimes du Nord dans un avenir proche. Toutefois, la Russie devrait rester dans l’Accord de Paris pour rassurer ses partenaires commerciaux et cela alors même qu’une large partie de sa population pense que le réchauffement climatique est un complot.

En savoir plus : Sciences et Avenir – COP24 : le rôle ambigu de la Russie

Turquie – A l’instar de Moscou, Ankara n’a toujours pas ratifié l’Accord de Paris et agit de manière « gravement insuffisante » d’après Climate Action Tracker. Le gouvernement compte toujours sur le charbon pour répondre à la hausse de la demande énergétique et sur les sols et forêts pour compenser la hausse des émissions du pays sans réel effort de réduction. Seul point positif : le bon développement de la production renouvelable, or le plan national de soutien à ces investissements arrivera à son terme en 2020 sans autres perspectives pour le moment.

En savoir plus : L’express – G20 : Erdogan menace de ne pas ratifier l’Accord de Paris