Et si Game of Thrones n’était qu’une métaphore de la lutte contre les changements climatiques ?

ALERTE SPOILER ! Cette brève dévoile des éléments clés de l’intrigue de la série, si vous n’êtes pas à jour, passez votre chemin !

Près d’une décennie après son arrivée sur les antenne, la série Game of Thrones a tiré sa révérence le 19 mai 2019. Au-delà des incroyables rebondissements, des prouesses visuelles et d’une potentielle collusion avec les vendeurs d’antidépresseurs, l’histoire contée par Georges R. R. Martin interroge sur son message de fonds : et si les être humains étaient les seuls et uniques responsables des désastres qui les accablent ?

Winter is coming

Dès les premières minutes, la série nous dépeint le péril que représentent les fameux « Marcheurs blancs » comme une menace latente, lente, mais que l’on devine immédiatement inévitable. Dans une société où les saisons sont déréglées et s’étendent sur plusieurs années, la venue d’un hiver éternel et mortel est constamment prophétisée, ne serait-ce qu’à travers la devise de la famille Stark « Winter is coming ».

Difficile pour les citoyens conscientisés que nous sommes de ne pas y voir un parallèle flagrant avec la menace persistante et constante que constituent les changements climatiques sur nos sociétés modernes. En effet, les premières alertes lancées sur les potentiels effets néfastes des changements climatiques ne datent pas du dernier rapport du GIEC (Groupe Intergouvernemental d’experts sur l’Évolution du Climat) mais remontent déjà à plusieurs décennies.

Une réponse divisée

Dès les premières saisons de la série, les rapports sur les victimes des Marcheurs blancs tombent et s’accumulent. Ces derniers ne concernent au départ que les populations éloignées, là-bas, au-delà du Mur, qui a toujours protégé les populations des 7 Royaumes de Westeros. Plusieurs alertes sont lancées par les membres de la Garde de Nuit, veilleurs indépendants des jeux politiques des royaumes, mais ne reçoivent en réponse que le déni. Il faut attendre l’avant dernière saison de la série pour que nos courageux héros se trouvent en capacité d’apporter la preuve concrète de la menace au reste des dirigeants du continent. Et pourtant, malgré cette preuve incontestable, la réponse est divisée. Certains font le choix du combat et d’autres préfèrent se cacher, attendre et laisser les autres s’occuper du problème afin de protéger leurs propres intérêts.

Une nouvelle fois, impossible de ne pas y voir le parallèle n’est-ce pas ? Entre 1990 et 2014, le GIEC a publié 5 rapports, toujours plus préoccupants sur l’état des changements climatiques et leurs conséquences à venir. Pourtant, les grandes avancées de la réponse internationale se comptent sur les doigts d’une main et sont entachées de comportements opportunistes. Que dire du Protocole de Kyoto et de son incapacité à unifier les pays dans la lutte contre les changements climatiques ? Que dire de l’élan d’universalité ouvert par l’Accord de Paris et piétiné par l’individualisme d’un Président ? La considération que cela traduit des pays développés vis-à-vis des populations d’ores et déjà victimes des changements climatiques n’est encore une fois pas si différente de la situation dépeinte dans la série. La montée d’une pensée basée sur « le progrès et la technologie nous sauverons » n’est pas non plus sans rappeler la confiance aveugle des souverains de Westeros dans la solidité du Mur. Confiance qui est bien vite partie en fumée, comme le Mur d’ailleurs…

L’effondrement et la reconstruction

Finalement l’Hiver s’abat sur Westeros et une alliance incomplète fait face à une armée qui n’a eu de cesse de se renforcer en profitant de l’inaction de ses ennemis. L’humanité parvient de justesse à endiguer la menace au prix d’un acte héroïque et du sacrifice de plusieurs milliers d’individus. Le tout pour ouvrir la voie d’un conflit tout aussi sanglant pour finalement décider du royal séant qui se posera sur l’inconfortable Trône de fer et sera chargé de reconstruire une société effondrée et meurtrie.

Est-ce le destin auquel nous voulons faire face ? Jon Snow avait pour coutume de dire que « chaque être humain est un potentiel soldat de plus pour l’armée des morts ». Dans notre cas, chaque jour qui passe sans action concrète entreprise pour lutter contre les changements climatiques est un jour perdu pour freiner leurs impacts à venir.

Pouvons-nous nous permettre de nous reposer sur un providentiel héros ? Avons-nous encore le temps de nous diviser ? A l’inverse des protagonistes de Westeros, notre menace est bien réelle et nous sommes très loin d’être en ordre de bataille pour y faire face…

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Le toujours plus est l’ennemi du juste

Après bientôt 30 semaines de mobilisation des « Gilets jaunes », la question de la justice sociale est, et demeure, le centre du débat sociétal qui anime la France aujourd’hui, et plus largement une grande partie des pays développés. Dès le départ, de nombreux observateurs ont cédé à la facilité en opposant ce mouvement social à celui, grandissant, des citoyens pour le climat. Et pourtant, opposer « fin du mois » et « fin du monde », au-delà de la beauté de la formule, n’est en rien cohérent avec les enjeux soulevés par les deux mouvements. De fait, ces derniers se rejoignent en un point : la recherche d’une transition énergétique écologique et juste.

La transition énergétique, levier indispensable de la lutte contre les changements climatiques

Les pays développés sont, presque tous, sous perfusion d’énergies fossiles, principales responsables de la hausse des émissions de gaz à effet de serre. Pour respecter leurs engagements en termes de lutte contre les changements climatiques, ils ne peuvent plus s’absoudre d’engager rapidement la transition énergétique vers une sortie progressive de l’utilisation intensive des fossiles. Lorsqu’elle n’est pas réfléchie, amorcer cette transition peut facilement mettre le feu aux poudres tant l’énergie revêt une composante sociale forte. C’est ce qui s’est passé en France avec la diminution progressive des subventions au diesel et la mise en place accélérée d’une taxe carbone qui ont favorisé l’émergence de la contestation à travers le mouvement des « Gilets jaunes ». En effet, taxer ne fait pas changer les comportements du jour au lendemain, et d’autant plus si les alternatives n’existent pas. Cela crée le terreau fertile à la croissance d’un sentiment d’injustice sociale face au défi climatique.

Mais alors, la solution miracle c’est le 100% renouvelable ?

Il a longtemps été de rigueur de présenter les énergies renouvelables comme le « Graal qui sauverait l’humanité » en lui octroyant une même quantité d’énergie au moins aussi importante que celle issue des sources fossiles, mais sans nuire à notre belle Planète. Et c’est bien là que le bât blesse. Continuer de promouvoir cette idée c’est maintenir les plus vulnérables dans une spirale d’abandon et de rejet de la transition écologique. Il est d’ores et déjà établi que produire les équipements nécessaires à ces énergies requiert des matières premières rares et dont l’extraction s’avère généralement très polluante. De plus, l’accès à ces équipements, encore très onéreux, n’est pas à la portée de tous. Si elles s’avèrent plus vertueuses sur le plan environnemental, elles ne peuvent, à elles-seules, résoudre l’injustice sociale persistante dans l’accès à l’énergie.

Et si, finalement, il ne fallait pas tout simplement promouvoir plus de cohérence ?

La transition énergétique, si elle se veut écologique et juste, ne peut donc reposer uniquement sur le progrès technologique. Elle doit se faire par la recherche d’une plus grande sobriété énergétique dans les pratiques individuelles et collectives, et par la mise en place d’alternatives réelles, accessibles au plus grand nombre. Que dire aujourd’hui du fleurissement de panneaux publicitaires de type écrans géants diffusant à longueur de journée les mêmes spots commerciaux dans des espaces publiques ? Quelle justice sociale peut naître lorsque les plus vulnérables doivent se serrer la ceinture alors que les aberrations énergétiques de ce type prolifèrent ? Si elle ne retrouve pas une cohérence, la transition énergétique ne sera ni juste, ni écologique, et la lutte contre les changements climatiques restera une utopie.

Et ce d’autant plus, qu’à l’heure où il est de bon ton de contester la véracité scientifique des changements climatiques en la qualifiant de « doctrine religieuse » sur une chaîne à grande écoute (n’est-ce pas M. Praud ?), il est indispensable de combattre les idées reçues. Si on ne fait pas cet effort, la seule énergie 100% renouvelable restera à jamais celle du désespoir.

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« Adieu veau, vache, cochon, couvée », la vision prémonitoire de Jean de La Fontaine

Le constat

Du 29 avril au 4 mai 2019, la France accueillait la 7e séance plénière de l’IPBES – Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité ; en d’autres termes le GIEC (Groupe Intergouvernemental d’experts sur l’Évolution du Climat) de la biodiversité. Ainsi, 145 scientifiques de 50 pays, en collaboration avec 310 experts reconnus, ont œuvré ces trois dernières années à réaliser un rapport exhaustif sur l’état mondial de la biodiversité, basé sur environ 15 000 références scientifiques.

Rendu public le 6 mai 2019, la situation dépeinte est sans appel : « l’état de tous les écosystèmes a empiré » nous explique Franck Courchamp, écologue au laboratoire d’écologie et chercheur au CNRS. Les résultats sont donc là, et ils sont terrifiants :

  • Sur 8 millions d’espèces animales et végétales comptabilisées sur Terre, 1 million sont menacées d’extinction.
  • 75% du milieu terrestre est sévèrement altéré par les activités humaines et 66% du milieu marin.
  • 500 000 espèces terrestres présentent un habitat insuffisant pour leur survie à long terme.

Si elle n’est pas encore atteinte techniquement parlant, les évolutions prévues par le rapport indiquent que l’humanité a toutes les probabilités d’assister à la sixième extinction de masse. Depuis son arrivée sur Terre, 2% des espèces se sont atteintes et près de 25% pourraient rapidement disparaître. La vitesse du phénomène est considérable puisqu’il s’agit d’évolution s’étalant jusqu’alors sur plusieurs millions d’années.

Le pourquoi ?

Cinq principaux facteurs, tous d’origine humaine sont mis en avant pour expliquer cet état mondial de la biodiversité :

  • la destruction et la dégradation des habitats naturels (forêts, fonds marins, coraux, etc.) ;
  • la surexploitation des espèces vivantes pour la satisfaction des activités humaines (pêches, déforestation, etc.) ;
  • la pollution de l’air, de l’eau, des sols, etc. ;
  • la croissance démesurée des espèces invasives liées à l’augmentation des échanges commerciaux ;
  • les changements climatiques, dont notamment le réchauffement globalisé des températures.

Le risque d’emballement

On ne cesse de le répéter : tout est lié. Le cycle de l’eau, les forêts, la vie des espèces terrestres et marines, l’effet de serre, les activités humaines, etc. Tout est lié. L’accélération des changements climatiques, telle qu’elle est prévue par les rapports successifs du GIEC risque de provoquer l’emballement de cette extinction de masse des espèces. Et, dans le même temps, la disparition progressive des espèces ne fera qu’aggraver les conséquences des changements climatiques en réduisant les capacités d’adaptation de toutes les populations.

Allons-nous continuer, en conscience, de cautionner l’effondrement à venir ?

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La loi énergie-climat nouvelle est arrivée !

C’est à la sortie du Conseil des ministres, mardi 30 avril dernier, que le projet de loi relatif à l’énergie et au climat a été officiellement présenté. Ce texte court, qui ne comporte que huit articles, était nécessaire pour prendre en compte les modifications apportées aux objectifs de la Loi de Transition Energétique (LTE) de 2015 et pour poser les bases concrètes de la Panification Pluriannuelle de l’Energie (PPE) à horizon 2028. Mais ces nouvelles dispositions permettent-elles vraiment d’être « en phase avec l’Accord de Paris » comme l’a annoncé François de Rugy, le ministre de la Transition écologique et solidaire ? Nous vous proposons quelques éléments d’analyse :

Les reculs

Si ce texte est nécessaire, c’est d’abord pour acter le report de la réduction à 50% de la part du nucléaire dans le mix électrique français. Alors que l’échéance avait été fixée à 2025 par la LTE, l’ambition était trop haute pour le gouvernement actuel qui a donc décidé de prolonger ce délai de 10 ans. Concrètement, le nucléaire compte aujourd’hui pour un peu plus de 70% du mix électrique national. Pour réduire cette part à 50%, il est prévu de fermer 14 des 58 réacteurs nucléaires sur le sol français d’ici à 2035 tout en accroissant la part des énergies renouvelables.

Pour cela, il est aussi impératif de ne plus avoir recours aux énergies fossiles pour produire de l’électricité. Le sort des quatre dernières centrales thermiques était normalement fixé par leur fermeture définitive en 2022. Mais quelques contretemps pourraient conduire à des exceptions. Ainsi, à cause des retards accumulés par l’EPR de Flamanville, le Grand Ouest pourrait subir des problèmes d’approvisionnement si la centrale à charbon de Cordemais venait à fermer à la date prévue. Un recours ponctuel à cette installation reste donc envisageable en cas de « conditions dégradées ».

Derrière la date de fermeture des centrales à charbon se trouve aussi l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Le sujet a fait couler beaucoup d’encre dernièrement suite au supposé « abandon » du facteur 4. En clair, la France s’était engagée en 2003 à diviser par quatre ses émissions de GES en 2050, par rapport au niveau de 1990. Un objectif précis remplacé par celui de « neutralité carbone » à l’horizon 2050, que beaucoup considèrent comme trop flou et permettant certaines dérives (développer les puits d’absorption et la géo-ingénierie au lieu de faire des efforts suffisants de réduction des émissions). Des doutes que la dernière version du texte permet toutefois de dissiper.

Les avancées

En faisant de la neutralité carbone en 2050 l’objectif principale des politiques énergétiques nationales, cette loi accroît en réalité l’ambition pour le climat. Les capacités d’absorption du carbone dans les sols et forêts ne sont pas suffisantes ou trop couteuses à développer pour se passer d’une réduction drastique de nos émissions de GES. De plus, et pour rassurer les observateurs sceptiques, le texte prévoit aussi une division au minimum par 6 des émissions en 2050, par rapport au niveau de 1990. Les objectifs précédents sont donc rehaussés mais dans une moindre mesure, beaucoup d’experts et le ministre lui-même indiquaient qu’un facteur 8 serait nécessaire pour atteindre la neutralité carbone en 2050.

Pour atteindre ces objectifs, et retrouver la trajectoire de réductions des émissions indiquée par la Stratégie Nationale Bas-Carbone, l’ambition est aussi rehaussée sur la réduction de la consommation d’énergies fossiles. Auparavant prévue par la LTE pour diminuer de 30% d’ici 2030, le recours aux fossiles dans la consommation nationale d’énergie devra finalement avoir baissé de 40% à cette même échéance. Pour y parvenir, les dernières centrales à charbon doivent donc fermer le plus rapidement possible et les salariés concernés être accompagnés, ce qu’envisage aussi le texte.

Enfin, le projet de loi officialise la création du Haut Conseil pour le Climat déjà en activité depuis novembre 2018. Pour rappel, cette nouvelle instance composée de 13 experts économistes, scientifiques ou encore ingénieurs est placée auprès du Premier ministre. Sa mission essentielle est de donner un avis, non-contraignant, sur l’efficacité des mesures mises en place par le gouvernement pour réduire les émissions de GES. A cet effet, il produira un rapport chaque année dont le premier est attendu avant l’été.

La suite

Après avoir fait l’objet de longues discussions depuis plus d’un an, le texte ne devrait pas rencontrer d’oppositions critiques. Le gouvernement prévoit donc une procédure d’examen accélérée, avec des discussions à l’Assemblée Nationale d’ici la fin du mois de juin, la tenue des débats sénatoriaux au début de l’été avant une adoption définitive à l’automne. Mais celle qui est surnommée « petite » loi à cause de son nombre réduit d’articles est-elle à la hauteur des grands enjeux ? Face au succès des marches pour le climat, des mobilisations de la jeunesse et des actes de blocages et de désobéissance civiles, le Réseau Action Climat n’est pas satisfait par le texte. L’association critique le manque d’objectifs à court termes et de mesures immédiates concrètes afin de baisser drastiquement les émissions de GES. Tout reste donc à faire pour prouver l’efficacité et la sincérité des nouveaux engagements pris.

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6 Nations en déni climatique

A l’heure actuelle, une chose est certaine au sujet du climat : trop peu d’États sont à la hauteur des enjeux et leurs efforts risquent d’être balayés par l’inaction de beaucoup d’autres. Pourtant, au milieu d’un immobilisme quasi généralisé, il n’est pas toujours facile d’identifier les principaux coupables. Tout dépend des critères retenus : responsabilité historique et/ou actuelle ? Émissions nationales et/ou par habitant ? Positions gouvernementales et/ou action locale  ? Etc…
Naturellement, la mauvaise foi climatique de certains pays, à l’instar des États-Unis et de l’Arabie Saoudite, est déjà de notoriété publique. Cependant, le positionnement d’autres États est tout aussi problématique mais fait moins parler. Nous vous en proposons un florilège non-exhaustif :

Australie – Malgré la multiplication des canicules, incendies et cyclones, le pays est bien installé aux 5 dernières places du Climate Change Performance Index depuis 2014 ! Trop sensible politiquement à cause de la puissance du secteur du charbon, toute ambition climatique y est impossible. En août dernier le premier ministre a même réussi à conserver son poste (pour le perdre trois jours plus tard) en sacrifiant les engagements pris suite à l’Accord de Paris. Désormais, le seul espoir écologique de l’île réside dans le milliard d’arbre que le gouvernement entend planter d’ici 2030…  

En savoir plus : Novethic – L’Australie choisit le charbon contre le climat

Brésil – C’est l’histoire d’un pays qui avait renoué avec une action cohérente pour le climat, avant l’élection présidentielle de novembre dernier. Surnommé le « Trump des tropiques », Jair Bolsonaro compte bien favoriser le développement industriel du pays, à n’importe quel coût. Ainsi, le sort de l’Amazonie, des populations indigènes et le niveau de pollution dans le pays ne semblent pas l’inquiéter… Et après avoir menacé de quitter l’Accord de Paris, le nouveau président pourrait revenir sur sa position à la condition qu’un vaste projet écologique soit abandonné en Amazonie.

En savoir plus : Le Monde – Lutte contre le changement climatique : le Brésil renonce à accueillir la COP25 en 2019

Canada – Le célèbre « Canada is back » annoncé par Justin Trudeau lors de la COP21 n’aura finalement pas fait illusion bien longtemps face à l’addiction du pays aux énergies fossiles. En plus de ne pas avoir efficacement freiné l’exploitation des sables bitumineux (un des pétroles les plus polluants au monde) et d’avoir encouragé la construction d’un vaste pipeline, Justin Trudeau fait de plus en plus face à des élus locaux réticents à son marché carbone. Dans ce contexte, le Canada s’éloigne toujours un peu plus de sa trajectoire de réductions d’émissions pour 2030, qui n’était déjà pas des plus ambitieuses.

En savoir plus : Radio Canada International – Lutte au réchauffement climatique : le Canada parmi les pires pays de la planète

Irlande – Cela peut surprendre mais c’est bien l’Irlande qui remporte depuis deux ans la palme du pire pays de l’UE en matière climatique. Pourtant, en 2013, l’action de la République d’Irlande était jugée très favorablement et en juillet 2018 une décision « historique » a été prise : l’Irlande est le premier pays au monde à bannir les investissements dans les énergies fossiles ! Réelle ambition ou manœuvre pour éviter une sanction européenne ? Difficile à dire sur le moment mais quelques mois plus tard le bilan reste très négatif, poussant les citoyens irlandais à déposer une plainte contre l’État pour inaction climatique.

En savoir plus : GEO – L’État irlandais devant la Justice pour «  sa lutte faible et sans ambition contre le réchauffement climatique »

Russie – Parmi la vingtaine de pays n’ayant toujours pas ratifié l’Accord de Paris (en dehors des États-Unis), un seul compte pour plus de 1,5% des émissions globales de GES : la Russie (7,5% environ). Rien de très étonnant après les déclarations de Vladimir Poutine niant la responsabilité humaine dans les changements climatiques. D’autant plus qu’il mise beaucoup sur l’exploitation des hydrocarbures arctiques et des routes maritimes du Nord dans un avenir proche. Toutefois, la Russie devrait rester dans l’Accord de Paris pour rassurer ses partenaires commerciaux et cela alors même qu’une large partie de sa population pense que le réchauffement climatique est un complot.

En savoir plus : Sciences et Avenir – COP24 : le rôle ambigu de la Russie

Turquie – A l’instar de Moscou, Ankara n’a toujours pas ratifié l’Accord de Paris et agit de manière « gravement insuffisante » d’après Climate Action Tracker. Le gouvernement compte toujours sur le charbon pour répondre à la hausse de la demande énergétique et sur les sols et forêts pour compenser la hausse des émissions du pays sans réel effort de réduction. Seul point positif : le bon développement de la production renouvelable, or le plan national de soutien à ces investissements arrivera à son terme en 2020 sans autres perspectives pour le moment.

En savoir plus : L’express – G20 : Erdogan menace de ne pas ratifier l’Accord de Paris

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Des nuages qui font de l’ombre au climat

Allons-nous réellement vers la disparition des nuages et un réchauffement de +8°C à +13°C ? Cette question agite les observateurs du climat depuis la publication d’une étude dans Nature Geoscience le 25 février dernier. Trois chercheurs californiens seraient arrivés à une conclusion alarmante : sans un ralentissement des émissions de CO2, une part de la couverture nuageuse des océans pourrait disparaitre et faire bondir les températures à la surface du globe. Tentons un décryptage de cette actualité encore brûlante.

Que dit l’étude ?

Les stratocumulus sont des nuages bas, situés de 500 m à 3 000 m d’altitude et couvrant environ 20% de la planète, particulièrement les océans. Grâce aux fines gouttelettes d’eau dont ils sont constitués, ils réfléchissent les rayonnements solaires vers l’espace et permettent de refroidir l’atmosphère qu’ils recouvrent. Ainsi, cette effet parasol joue un rôle essentiel dans la régulation des températures globales.

Or, depuis plusieurs années, les climatologues se sont déjà rendus compte que la formation des nuages était entravée par la hausse du niveau de CO2. Cette fois-ci, ils avancent des chiffres précis : le triplement de la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère empêcherait la formation des stratocumulus. Un taux qui pourrait être atteint dès 2104, selon les chercheurs, au rythme actuel des émissions. 

Pourquoi c’est inquiétant ?

Actuellement, la trajectoire du réchauffement globale moyen nous conduirait à environ +3°C en 2100. Face à ce scénario, déjà considéré comme catastrophique, la communauté scientifique et la société civile répètent inlassablement que les efforts fournis par les Etats et les entreprises sont insuffisants. Le dernier rapport du GIEC confirme que ce réchauffement doit impérativement être limité à +1,5°C pour éviter des conséquences dramatiques partout sur terre. Autant dire qu’une étude concluant à un réchauffement moyen de +8°C (en plus des prévisions actuelles !) a de quoi inquiéter.

Ce travail vient s’ajouter aux nombreuses autres alarmes de la communauté scientifique identifiant un « point de basculement ». En août 2018, une autre étude publiée dans PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) avait fait grand bruit. Elle évoquait l’hypothèse d’un point de rupture à +2°C qui, s’il venait à être dépassé, ne nous permettrait plus de revenir en arrière. Il s’en suivrait toute une série d’événements dramatiques conduisant à une « planète étuve ».

Il en va de même concernant cette nouvelle étude sur la couverture nuageuse des océans. Cette fois le point de basculement serait atteint avec une concentration de CO2 dans l’atmosphère de 1200 ppm. Cependant, si l’étude du PNAS envisage un réchauffement global de +5°C, celle-ci évoque la possibilité d’une hausse moyenne des températures de +13°C. Les conséquences seraient donc encore plus désastreuses et un retour en arrière tout aussi inenvisageable.

Pourquoi il faut rester prudent ?

Toutefois, la concentration de CO2 dans l’atmosphère est encore bien loin des 1 200 ppm. Un nouveau record vient, certes, d’être battu portant ce taux à 411,8 ppm soit une hausse de 3,4 ppm en un an. Il faudrait remonter à plus de 2 millions d’années en arrière pour retrouver des caractéristiques similaires. Pour autant, même les estimations les plus catastrophiques n’envisagent pas une hausse de la concentration de CO2 au-delà de 1 000 ppm. Les modélisations climatiques conservent par ailleurs quelques limites et l’étude d’une portion de l’atmosphère ne peut pas toujours être généralisée à l’ensemble du globe.

Il ne fait aucun doute que la disparition des stratocumulus aurait des impacts catastrophiques sur l’ensemble du globe et que les sociétés humaines ne s’en relèverait probablement pas. Mais, si cette énième alerte envisage un avenir toujours plus sombre et risque encore une fois d’être oubliée, ne nous précipitons pas tout de suite dans nos bunkers. Le point de basculement n’est pas encore atteint et il reste une place pour l’action !

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6 Nations en pointe dans la transition énergétique

Difficile ce début d’année avec son bilan de 2018. Nouveaux records annuels de chaleur, nouvelle augmentation des émissions de gaz à effet de serre, une multitudes d’études et de rapports alarmants dont celui du GIEC, une COP que patine, de plus en plus de dirigeants ouvertement climatosceptiques…etc. Pourtant, sans être aveuglément optimiste, quelques signes encourageants existent et méritent d’être mis en avant ! Retour sur les pays en première ligne de la transition énergétique, une sélection basée sur les travaux de plusieurs groupes d’observateurs et de scientifiques.

Maroc – Il fait peu parler de lui, pourtant le Maroc est bien installé aux premières places des Index sur l’action climatique. Le Climate Action Tracker en fait l’un des deux seuls pays (avec la Gambie) à être compatible avec un monde à 1,5°c. Actuellement, le Royaume respecte les engagements de sa Stratégie Nationale pour l’Energie ; 42% d’électricité produite par des sources renouvelables dès 2020, puis 52% d’ici 2030. Tout l’enjeu concerne désormais ses objectifs à 2050, le Maroc devra rapidement stopper son recours au charbon pour rester exemplaire.  

En savoir plus : Le Monde de l’énergie – Le Maroc, locomotive africaine de la transition énergétique

Suède – Les pays scandinaves sont historiquement de bons élèves ayant rapidement lancé leurs réflexions sur l’efficacité énergétique et les sources renouvelables. A côté de ses voisins, la Suède se démarque aux premières positions du Climate Change Performance Index depuis 2014. Le pays développe à un rythme intéressant les ENR (Energies Renouvelables) tout en jouant efficacement sur la baisse de ses émissions de GES (Gaz à Effet de Serre) et vise la neutralité carbone dès 2045. Mais certains experts critiquent le manque de stratégie à long-terme et demandent que la neutralité soit atteinte dès 2030.

En savoir plus : France Info – En Suède, la transition énergétique est un succès… et avec 12 ans d’avance

Costa Rica – Déjà pionnier pour avoir renoncé à son armée, le Costa Rica se veut aussi innovant en matière de climat. En Octobre dernier, le World Resources Institute ainsi que plusieurs centres de recherche sur le climat ont déclaré que le pays était l’un des 16 sur 197 à réellement respecter l’Accord de Paris. Dans les faits le Costa Rica avait déjà établi un record en 2017, en ayant produit son électricité à partir de sources uniquement renouvelables pendant 300 jours. Mais dès 2007, le président de l’époque annonçait que le pays serait « le premier au monde à être neutre en carbone ». Le plan climat présenté dernièrement confirme que cette volonté est restée intacte.

En savoir plus : Libération – Le Costa Rica présente le plan climat le plus ambitieux au monde

Ethiopie – Situé à l’extrémité Est de la bande Sahélienne, l’Ethiopie compte parmi les pays particulièrement vulnérables aux changements climatiques. Comprenant l’urgence de la situation, les gouvernements éthiopiens ont impulsé une véritable politique climatique depuis plusieurs années. Ainsi, le pays est comptabilisé parmi les 16 respectant réellement l’Accord de Paris et sa CDN est compatible avec un monde à 2°C d’après Climate Tracker. Si des efforts restent à réaliser pour faire de l’Ethiopie un exemple de transition dans un pays émergent, ces signes sont de bon augure.

En savoir plus : La Tribune Afrique – Energie : l’Ethiopie, exemple à suivre ?

Portugal – L’Europe du Sud n’est pas en reste face à ses camarades scandinaves. Alors que l’Espagne s’est lancé dans un ambitieux plan climat pour « rattraper une décennie perdue », le Portugal n’a pas attendu son voisin. Avec la Croatie et Malte, il permet de rehausser la moyenne européenne sur le Climate Change Performance Index. Le pays a su mettre en valeur son ensoleillement et son exposition aux vents pour développer les ENR. Ainsi, sa consommation d’électricité repose uniquement sur des sources renouvelables certains mois. Toutefois, il lui reste des progrès à faire en matière de mobilité pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

En savoir plus : Euractiv – Le Portugal dépasse les 100% d’énergie renouvelable

Inde – Au milieu de pays de taille et de population moyenne, le géant indien n’a pas l’air à sa place dans cette sélection. Pourtant ses efforts pour augmenter la part des ENR sans son mix électrique sont salués par la plupart des observateurs. D’ici 2030, cette part pourrait atteindre 40% mais le charbon risque de conserver un poids important et de poser problèmes. Une donnée regrettable sachant que le Plan National d’Electrification, misant beaucoup sur le solaire, pourrait poser les bases d’une sortie rapide du charbon. Enfin, la mobilité reste un challenge de taille autant pour les émissions de GES du pays que pour la qualité de l’air.

En savoir plus : l’Energeek – Inde : un mix électrique plus vert pour une meilleure qualité de l’air

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En direct de la COP 24 – Bilan de la première semaine de négociations

Quel bilan technique pour les négociations au terme de la première semaine ?

Les négociations ont débuté lentement avec une ouverture de haut niveau pour laquelle seule une trentaine de chefs d’Etats avaient fait le déplacement. Pendant les deux premiers jours, elles sont restées majoritairement bilatérales et fermées aux observateurs. Sur les trois enjeux principaux que sont (i) la relève de l’ambition, (ii) la finalisation du Rulebook et (iii) les financements, les négociations ont avancé collectivement à partir du 4 décembre.

Ambition

La relève de l’ambition navigue entre déclarations encourageantes et prises de position inquiétantes. Ainsi, plusieurs éléments positifs sont à noter :

  • Une prise de position forte du Secrétaire des Nations-Unies, Antonio Guterres, quant à une relève nécessaire de l’ambition climatique pour qui les changements climatiques sont : « déjà une question de vie ou de mort » et que « même si nous sommes témoins d’effets dévastateurs sur le climat, qui font des ravages dans le monde entier, nous ne faisons toujours pas assez, ni n’avançons assez vite pour prévenir un dérèglement climatique irréversible et catastrophique ».
  • Le Canada, qui a pour l’instant un objectif de réduction de ses émissions de 27%, a annoncé une relève de l’ambition de sa contribution nationale en 2020. Un Institut sur les changements climatiques sera donc créé avec un budget de 20 millions de dollars sur 5 ans pour accompagner le gouvernement dans la formulation de politiques ambitieuses.

Néanmoins, en fin de semaine, les négociateurs réunis en session du SBSTA (Subsidiary Body for Scientific and Technical Advice) pour accueillir le Rapport spécial du GIEC sur les 1,5°C et en faire le guide des négociations à venir ont fait face au refus de 4 délégations : les Etats-Unis, la Russie, l’Arabie-Saoudite et le Koweït. Les États-Unis ont justifié ce choix par le fait qu’ils n’approuvaient pas le rapport et ses conclusions mais étaient prêt à en prendre note. Ce qui, dans le jargon des négociations, constitue un langage plus faible et, donc, moins engageant. L’Arabie Saoudite a, quant à elle, remis en question la crédibilité de la science et du GIEC. Les autres pays ont, cependant, fait front commun sous l’impulsion de l’Union européenne et des Petits États Insulaires.

Rulebook

Trois principaux sujets sont en discussion : (i) la transparence des engagements et des actions entreprises par les États, (ii) le bilan mondial qui doit permettre de mesurer les avancées tous les 5 ans et revoir chaque contribution à la hausse et (iii) la prévisibilité, la comptabilité et les hausses à venir des financements dédiés à la lutte contre les changements climatiques.

  1. Sur la transparence, les discussions se sont tendues au sujet de la flexibilité des règles pour les pays ayant différentes capacités, notamment en termes de MRV (Monitoring, Reporting & Verification). Ainsi, les Etats-Unis ont délibérément chercher à cristalliser les tensions en demandant à ce que les Pays en développement soit soumis à une obligation de reporting tous les ans, contrairement à ce qui est inscrit dans l’Accord de Paris.
  2. Sur le bilan mondial, les discussions sont ardues sur la manière de traiter l’équité. En effet, la question de l’intégration des Pertes et dommages, c’est-à-dire ce qui est déjà perdu du fait des dommages irréversibles causés par les changements climatiques quels que soient les actions entreprises par les États, soulève toujours des questions d’équité et d’éthique. Il s’agit, en bref, de négocier sur la manière de prendre en compte les responsabilités des États dans la disparition d’une île entière et du déplacement de sa population.
  • Sur les financements, les discussions sont toujours difficiles entre les Pays en développement (Groupe Afrique et G77) et les principaux pollueurs (Etats-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Canada, etc.). L’Union européenne peine à s’imposer comme leader ambitieux sur ces questions.

Au terme de la première semaine, le texte présente encore de nombreuses options qui ne pourront pas toutes être arbitrées par les Ministres en deuxième semaine. Les négociateurs doivent donc encore affiner le texte pour éviter l’échec en fin de COP.

Solidarité

Sur la question des financements, plusieurs annonces ont été faites par les Pays développés et la Banque mondiale. De fait, l’Allemagne a annoncé un doublement de sa contribution au Fonds vert pour le climat, la portant à 1,5 milliards d’euros. La Russie a, pour la première fois, dit vouloir y contribuer. De son côté, la France souhaite renforcer sa contribution au Fonds d’adaptation pour un montant encore non défini. Enfin, la Banque mondiale s’est engagée à doubler son objectif climat pour la période 2021-2025, soit l’équivalent de 200 milliards de dollars qui seront largement consacrés à l’adaptation aux changements climatiques.

►    Et pour la suite ?

Entre les arrestations des représentants de la société civile par les autorités polonaises, les points de blocages sur les différents sujets et l’odeur de charbon ambiante, la perspective d’une fin heureuse pour la COP de Katowice s’éloigne à « petits pas ».

L’avenir nous contredira ? Espérons-le.

En attendant, la mer monte…

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L’été s’ra chaud, l’été s’ra beau ?

C’était en 1979, été signifiait vacances, détente et insouciance, c’est alors qu’Eric Charden trouva l’inspiration pour l’un des tubes mythiques de l’été ! « L’été s’ra chaud, l’été s’ra chaud // d’la Côte d’Azur à Saint-Malo », une mélodie toujours autant d’actualité près de 40 ans plus tard, de là à penser que Charden était un visionnaire, il n’y a qu’un pas.

L’été 2018 fut, en effet, extrêmement chaud, ce fut même le deuxième plus chaud de l’histoire en France d’après les relevés de Météo France. Avec des températures près de 2°c supérieures aux moyennes de saison, il se place juste derrière l’été 2003 et sa malheureusement célèbre canicule. Les étés 2015 et 2017 complètent le podium, confirmant l’inquiétante tendance à la hausse du mercure ces dernières années. Mais ce qui alarme le plus Météo France c’est « la persistance quasi-continue de températures supérieures aux valeurs saisonnières », en cela l’été 2018 sort véritablement du lot.

En outre, et toujours dans le sens des paroles de la chanson, toute la France a été touchée par cette vague de chaleur. Mais c’est dans les régions normalement plus « fraiches » que les écarts avec les moyennes saisonnières ont été les plus importantes, dans le Nord-Est du pays notamment. Et si Météo-France reste prudente en n’imputant pas tout de suite ce réchauffement aux changements climatiques, il correspond pourtant aux prévisions scientifiques à moyen et long terme. C’est d’ailleurs en s’inspirant du rapport Jouzel sur le climat futur que France Info a publié en août un récit alarmant intitulé « Nous sommes le 16 août 2050 et voici à quoi ressemble la canicule dans l’hexagone ».

Dès lors, faut-il réellement voir dans l’été 2018 un échantillon de ce qui nous attend pour les prochaines années ? C’est bien possible, d’après une étude de la National Academy of Sciences (USA) publiée le 6 août dernier, la planète pourrait se transformer en étuve. A partir d’un certain point de rupture, plus aucun retour en arrière ne serait possible et le réchauffement s’emballerait jusqu’à atteindre +5° par rapport à l’ère pré-industrielle (bien loin des +2°c voire +1,5°c de l’Accord de Paris). Le problème, c’est qu’au rythme où les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent ce point de rupture se rapproche dangereusement, menaçant de nous faire rentrer dans un cercle vicieux climatique extrême dont nous ne pourrions plus sortir.

Les mois de juillet et d’août 2018, qui demeurent des manifestations de phénomènes météorologiques et non des tendances climatiques, semblent avoir fait comprendre à quel point le scénario, vers lequel nous nous dirigeons tout droit, serait difficilement supportable. Néanmoins, cette rentrée est aussi accompagnée de nouvelles plus encourageantes, dont la forte hausse du prix des permis d’émission sur le marché carbone européen, et de perspectives encourageantes au sujet de la compensation carbone volontaire. Mais ces petits pas ne font que rétablir des mécanismes défectueux au niveau où ils devraient être et sont clairement insuffisants. Ironiquement, Eric Charden est aussi connu pour le titre « Le monde est gris, le monde est bleu » mais cette fois ne lui donnons pas raison, faisons tout pour éviter que « la tristesse brûle nos yeux ».

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Un premier article de bonne constitution

C’est lors d’un vote en commission, le 27 juin dernier, que les députés ont adopté une nouvelle version du premier article de la Constitution de 1958. La proposition choisie indique que la France « agit pour la préservation de l’environnement et de la diversité biologique et contre les changements climatiques ». Mais ces quelques mots, sur lesquels se sont concentrés une grande partie des échanges et opposés des acteurs de tous les bords, peuvent-ils réellement changer quelque chose ?

A l’instar de toute décision gouvernementale, l’ajout de cette formule aux prémices de notre constitution est le résultat d’un arbitrage entre tendances opposées. Alors qu’en juin dernier plusieurs entrepreneurs expliquaient que cette décision était « grotesque », et que des députés craignaient que la Constitution « bavarde et radote », la version adoptée est en réalité bien en-deçà des attentes les plus exigeantes. En effet, Nicolas Hulot et plusieurs députés voulaient y intégrer le principe de non-régression en indiquant que « La République assure un niveau de protection élevée de l’environnement et en constante progression ». Finalement, ce principe de non-régression, qui n’apparaît pas non plus dans la Charte de l’environnement de 2005, n’a pas été retenu, faisant dire à certains qu’il ne s’agit que d’une révision symbolique.

Cependant, si les membres de la majorité se félicitent logiquement de la décision prise, ils soulèvent des points importants. Richard Ferrand insistait par exemple sur l’importance de choisir l’article 1 (définissant les principes fondamentaux de la République) et non l’article 34 (définissant uniquement les domaines de la loi) comme imaginé pendant les discussions. L’ONG WWF le rejoint sur ce point, ajoutant que l’article 1 permet une portée beaucoup plus forte dans la jurisprudence du Conseil Constitutionnel. Mais aussi de rééquilibrer la balance en faveur de l’environnement, du climat et de la biodiversité lors des décisions prises sur la liberté d’entreprendre ou encore le droit de propriété.

Les juristes aussi rejoignent cette position en prédisant un impact réel à la nouvelle formulation de l’article 1. Pour beaucoup d’entre eux cette avancée dépasse le cadre symbolique mais d’autres progrès sont à chercher ailleurs. La Charte de l’Environnement par exemple, qui complète la Constitution depuis 2005, n’est toujours pas pleinement appliquée. Toutefois, donner ce niveau de reconnaissance à l’environnement, la biodiversité et au climat leur confère une force supplémentaire face à des projets polluants, des traités nocifs et des lois trop timides.

                Nicolas Hulot avait fait de cette réforme l’un de ses principaux combats en tant que Ministre de la transition écologique et solidaire. Le 13 juillet, lors de l’adoption en séance publique, il se félicitait de voir « la France être l’un des premiers pays au monde à inscrire dans son droit fondamental des enjeux prioritaires du XXIème siècle ». Après un été agité, la réforme constitutionnelle attend toujours d’être définitivement adoptée par le parlement, il semble que les discussions à ce sujet ne débuteront pas avant la fin septembre.

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