Un corridor pour le prix du carbone

En décembre 2015, lors de la COP21, François Hollande a renouvelé son intention d’engager la France dans un processus visant à fixer un prix plancher au carbone puis d’élargir ce principe au marché européen de l’électricité. Mais pour quelles raisons ?

Le principe est simple : plus une centrale électrique va émettre de CO2, plus elle devra payer un surcoût proportionnel à ses émissions. La production d’électricité est responsable de près de 30% des émissions en CO2 en Europe soit 1,2 millions de tonnes par an. Poser une contrainte carbone au secteur électrique permettrait de réduire la rentabilité des centrales les plus polluantes. Les énergies renouvelables ne seraient en toute logique pas concernées par ce surcoût.

L’objectif est d’orienter les investissements du secteur énergétique vers les sources les moins émettrices en CO2 tel que les énergies renouvelables et les centrales au gaz moins émettrices (0,40 tonne de CO2/MWH) que les centrales à charbon (1 tonne de CO2/MWH).  

Cette transition du marché de l’énergie devait permettre une réduction globale des émissions. Pour l’ensemble de l’Union Européenne, ces réductions seraient de :

  • 15% pour un prix de 30€/téqCO2
  • 33% pour un prix de 100€/téqCO2

En cas de pic de consommation,  les centrales qui font appel aux sources fossiles répercuteraient ce surcoût sur la facture d’électricité des ménages. On estime que pour un prix du carbone fixé à 30€/T, l’augmentation serait de +7%/kWh au minimum pour les foyers français, lors des épisodes de fortes consommation. Pour limiter cette charge pour le consommateur, l’Union Européen devrait procéder à une redistribution des recettes issues de cette régulation. Si en Europe, de nombreux pays disposent d’une fiscalité intégrant une taxe sur les carburants ou les combustibles fossiles, à l’échelle européenne aucune mesure ni accord n’a pu être trouvé pour harmoniser les pratiques. L’idée portée par M. Canfin et M. Grandjean de créer un corridor de prix, c’est-à-dire une trajectoire avec un prix planché fait son chemin. Ce chemin est encore long car pour que l’objectif de l’Accord de Paris soit atteint, cette trajectoire de prix croissants doit aboutir à un prix de 123€ la tonne en 2040.