Des nuages qui font de l’ombre au climat

Allons-nous réellement vers la disparition des nuages et un réchauffement de +8°C à +13°C ? Cette question agite les observateurs du climat depuis la publication d’une étude dans Nature Geoscience le 25 février dernier. Trois chercheurs californiens seraient arrivés à une conclusion alarmante : sans un ralentissement des émissions de CO2, une part de la couverture nuageuse des océans pourrait disparaitre et faire bondir les températures à la surface du globe. Tentons un décryptage de cette actualité encore brûlante.

Que dit l’étude ?

Les stratocumulus sont des nuages bas, situés de 500 m à 3 000 m d’altitude et couvrant environ 20% de la planète, particulièrement les océans. Grâce aux fines gouttelettes d’eau dont ils sont constitués, ils réfléchissent les rayonnements solaires vers l’espace et permettent de refroidir l’atmosphère qu’ils recouvrent. Ainsi, cette effet parasol joue un rôle essentiel dans la régulation des températures globales.

Or, depuis plusieurs années, les climatologues se sont déjà rendus compte que la formation des nuages était entravée par la hausse du niveau de CO2. Cette fois-ci, ils avancent des chiffres précis : le triplement de la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère empêcherait la formation des stratocumulus. Un taux qui pourrait être atteint dès 2104, selon les chercheurs, au rythme actuel des émissions. 

Pourquoi c’est inquiétant ?

Actuellement, la trajectoire du réchauffement globale moyen nous conduirait à environ +3°C en 2100. Face à ce scénario, déjà considéré comme catastrophique, la communauté scientifique et la société civile répètent inlassablement que les efforts fournis par les Etats et les entreprises sont insuffisants. Le dernier rapport du GIEC confirme que ce réchauffement doit impérativement être limité à +1,5°C pour éviter des conséquences dramatiques partout sur terre. Autant dire qu’une étude concluant à un réchauffement moyen de +8°C (en plus des prévisions actuelles !) a de quoi inquiéter.

Ce travail vient s’ajouter aux nombreuses autres alarmes de la communauté scientifique identifiant un « point de basculement ». En août 2018, une autre étude publiée dans PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) avait fait grand bruit. Elle évoquait l’hypothèse d’un point de rupture à +2°C qui, s’il venait à être dépassé, ne nous permettrait plus de revenir en arrière. Il s’en suivrait toute une série d’événements dramatiques conduisant à une « planète étuve ».

Il en va de même concernant cette nouvelle étude sur la couverture nuageuse des océans. Cette fois le point de basculement serait atteint avec une concentration de CO2 dans l’atmosphère de 1200 ppm. Cependant, si l’étude du PNAS envisage un réchauffement global de +5°C, celle-ci évoque la possibilité d’une hausse moyenne des températures de +13°C. Les conséquences seraient donc encore plus désastreuses et un retour en arrière tout aussi inenvisageable.

Pourquoi il faut rester prudent ?

Toutefois, la concentration de CO2 dans l’atmosphère est encore bien loin des 1 200 ppm. Un nouveau record vient, certes, d’être battu portant ce taux à 411,8 ppm soit une hausse de 3,4 ppm en un an. Il faudrait remonter à plus de 2 millions d’années en arrière pour retrouver des caractéristiques similaires. Pour autant, même les estimations les plus catastrophiques n’envisagent pas une hausse de la concentration de CO2 au-delà de 1 000 ppm. Les modélisations climatiques conservent par ailleurs quelques limites et l’étude d’une portion de l’atmosphère ne peut pas toujours être généralisée à l’ensemble du globe.

Il ne fait aucun doute que la disparition des stratocumulus aurait des impacts catastrophiques sur l’ensemble du globe et que les sociétés humaines ne s’en relèverait probablement pas. Mais, si cette énième alerte envisage un avenir toujours plus sombre et risque encore une fois d’être oubliée, ne nous précipitons pas tout de suite dans nos bunkers. Le point de basculement n’est pas encore atteint et il reste une place pour l’action !