Les émissions de méthane détonent

Si les émissions de CO2 sont responsables de 80% du réchauffement actuel, les autres gaz à effet de serre ne sont pas en reste. On connait le protoxyde d’azote (N2O) contenu dans les engrais chimiques, ou les gaz industriels réfrigérants, type HFC, qui ont fait l’actualité en octobre 2016 quand un accord a été adopté à Kigali pour les éliminer progressivement. Mais plus récemment, c’est le méthane qui fait l’objet de toutes les attentions. Une étude menée par le Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement montre que sa concentration dans l’atmosphère a explosé ces 10 dernières années.

40% des émissions de méthane sont d’origine naturelle. Elles proviennent principalement des zones humides et du dégel du permafrost. Les 60% restants sont d’origine anthropique. L’élevage de ruminants et la culture du riz basée sur l’inondation de parcelles sont des activités particulièrement émissives de méthane. Ainsi la moitié des émissions de ce gaz liées à l’activité humaine est imputée à l’agriculture et au traitement de déchets : 30% de notre empreinte carbone provient de notre assiette !
Les énergies fossiles ne sont jamais bien loin : 30% des émissions anthropiques de méthane proviendraient de l’exploitation et du transport d’énergies fossiles.

Côté élevage, les solutions existent pour limiter ces émissions de méthane. D’abord limiter sa consommation de viande rouge. Rappelons qu’un burger de 400 grammes revient à conduire seul une voiture sur 150 km. Il faut 10 fois plus de surface cultivée pour manger un kilo de bœuf que pour manger un kilo de végétaux. En France, pas loin de 80 % de la surface agricole sert à nourrir des animaux.

Deuxièmement, et c’est une des propositions faites par la FAO dans son rapport sur le rôle de l’élevage dans la lutte contre les changements climatiques, il faut nourrir les ruminants différemment.
Il est scientifiquement prouvé que l’introduction de graines de lin, d’herbe ou de luzerne dans l’alimentation des vaches réduit leur fermentation entérique, donc les émissions de CH4 et améliore la santé des animaux et par conséquence celle des consommateurs. L’association Bleu-Blanc-Cœur a référencé et fait valider en 2011 par l’UNFCCC une méthodologie permettant de générer des crédits carbone sur un tel projet.

La réduction des émissions de méthane doit être une priorité. Car hormis le fait que ce gaz est 28 fois plus réchauffant que le CO2, il pourrait impacter la dilatation thermique des océans et donc l’augmentation du niveau des mers pendant plusieurs siècles.