Et si Game of Thrones n’était qu’une métaphore de la lutte contre les changements climatiques ?

ALERTE SPOILER ! Cette brève dévoile des éléments clés de l’intrigue de la série, si vous n’êtes pas à jour, passez votre chemin !

Près d’une décennie après son arrivée sur les antenne, la série Game of Thrones a tiré sa révérence le 19 mai 2019. Au-delà des incroyables rebondissements, des prouesses visuelles et d’une potentielle collusion avec les vendeurs d’antidépresseurs, l’histoire contée par Georges R. R. Martin interroge sur son message de fonds : et si les être humains étaient les seuls et uniques responsables des désastres qui les accablent ?

Winter is coming

Dès les premières minutes, la série nous dépeint le péril que représentent les fameux « Marcheurs blancs » comme une menace latente, lente, mais que l’on devine immédiatement inévitable. Dans une société où les saisons sont déréglées et s’étendent sur plusieurs années, la venue d’un hiver éternel et mortel est constamment prophétisée, ne serait-ce qu’à travers la devise de la famille Stark « Winter is coming ».

Difficile pour les citoyens conscientisés que nous sommes de ne pas y voir un parallèle flagrant avec la menace persistante et constante que constituent les changements climatiques sur nos sociétés modernes. En effet, les premières alertes lancées sur les potentiels effets néfastes des changements climatiques ne datent pas du dernier rapport du GIEC (Groupe Intergouvernemental d’experts sur l’Évolution du Climat) mais remontent déjà à plusieurs décennies.

Une réponse divisée

Dès les premières saisons de la série, les rapports sur les victimes des Marcheurs blancs tombent et s’accumulent. Ces derniers ne concernent au départ que les populations éloignées, là-bas, au-delà du Mur, qui a toujours protégé les populations des 7 Royaumes de Westeros. Plusieurs alertes sont lancées par les membres de la Garde de Nuit, veilleurs indépendants des jeux politiques des royaumes, mais ne reçoivent en réponse que le déni. Il faut attendre l’avant dernière saison de la série pour que nos courageux héros se trouvent en capacité d’apporter la preuve concrète de la menace au reste des dirigeants du continent. Et pourtant, malgré cette preuve incontestable, la réponse est divisée. Certains font le choix du combat et d’autres préfèrent se cacher, attendre et laisser les autres s’occuper du problème afin de protéger leurs propres intérêts.

Une nouvelle fois, impossible de ne pas y voir le parallèle n’est-ce pas ? Entre 1990 et 2014, le GIEC a publié 5 rapports, toujours plus préoccupants sur l’état des changements climatiques et leurs conséquences à venir. Pourtant, les grandes avancées de la réponse internationale se comptent sur les doigts d’une main et sont entachées de comportements opportunistes. Que dire du Protocole de Kyoto et de son incapacité à unifier les pays dans la lutte contre les changements climatiques ? Que dire de l’élan d’universalité ouvert par l’Accord de Paris et piétiné par l’individualisme d’un Président ? La considération que cela traduit des pays développés vis-à-vis des populations d’ores et déjà victimes des changements climatiques n’est encore une fois pas si différente de la situation dépeinte dans la série. La montée d’une pensée basée sur « le progrès et la technologie nous sauverons » n’est pas non plus sans rappeler la confiance aveugle des souverains de Westeros dans la solidité du Mur. Confiance qui est bien vite partie en fumée, comme le Mur d’ailleurs…

L’effondrement et la reconstruction

Finalement l’Hiver s’abat sur Westeros et une alliance incomplète fait face à une armée qui n’a eu de cesse de se renforcer en profitant de l’inaction de ses ennemis. L’humanité parvient de justesse à endiguer la menace au prix d’un acte héroïque et du sacrifice de plusieurs milliers d’individus. Le tout pour ouvrir la voie d’un conflit tout aussi sanglant pour finalement décider du royal séant qui se posera sur l’inconfortable Trône de fer et sera chargé de reconstruire une société effondrée et meurtrie.

Est-ce le destin auquel nous voulons faire face ? Jon Snow avait pour coutume de dire que « chaque être humain est un potentiel soldat de plus pour l’armée des morts ». Dans notre cas, chaque jour qui passe sans action concrète entreprise pour lutter contre les changements climatiques est un jour perdu pour freiner leurs impacts à venir.

Pouvons-nous nous permettre de nous reposer sur un providentiel héros ? Avons-nous encore le temps de nous diviser ? A l’inverse des protagonistes de Westeros, notre menace est bien réelle et nous sommes très loin d’être en ordre de bataille pour y faire face…