La Chine et le climat

Il est loin le temps des accords historiques sur le climat entre la Chine et les Etats-Unis.
La donne a changé. Et comme la maison flanche, la Chine est en passe de prendre le leadership sur la lutte contre les changements climatiques. Cette aubaine pour l’Empire du milieu l’est tout autant pour la planète. Car le pays émet 27 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) et les émissions d’un chinois avec 7,1 TéqCO2/an dépassent désormais celle d’un européen avec 6,8 TéqCO2.

La Chine est en plein virage. Une trajectoire amorcée lors de son 13ème plan quinquennal qui dévoilait un terme particulièrement nouveau pour le pays, celui de « transition écologique ». Ce plan affiche des objectifs ambitieux au niveau environnemental et notamment en matière d’énergie. Alors que le charbon représentait en 2014 71 % de sa consommation d’énergie, la Chine s’est fixé un plafond de 5 milliards de tonnes équivalent charbon (Gtec), contre 4,3 milliards actuellement. Soit une hausse de seulement 16 % sur la période 2016-2020, pour une croissance annuelle du PIB de 6,5 %.
Selon sa Contribution Prévue Déterminée au niveau National (CPDN ou NDC en anglais) le pays s’est engagé à passer la part des énergies non fossiles dans la consommation d’énergie primaire à environ 20% d’ici à 2030, date à laquelle les émissions de GES du pays devraient atteindre un pic.

Autre révélateur de la transition énergétique et écologique à l’oeuvre en Chine, son intensité carbone. Elle a atteint -20% d’intensité carbone en 2015 par rapport à 2010. A ce rythme c’est une réduction de -48 % entre 2005 et 2020 dont pourrait se prévaloir la Chine. Soit d’avantage que les -45 % annoncés à Copenhague lors de la COP15 et surement un respect des 60 à 65 % affichés dans sa Contribution à l’Accord de Paris.
Notons que la relocalisation de certaines chaines de production, le recul des importations et exportations, et surtout une mutation vers une économie de fonctionnalité, moins émettrice en GES, participent à ces résultats. Par ailleurs la Chine est de loin, le premier pays au monde en terme d’investissement dans les énergies renouvelables. Entre 2016 et 2020, 144 milliards $ ont été investis dans le solaire, 70 milliards $ dans l’hydroélectricité, et 100 milliards $ dans l’éolien.  

La Chine est le pays qui a le plus accueilli de projets de compensation carbone de type MDP sur son territoire avec 2/3 des projets et plus de 60% des crédits carbone générés depuis l’origine du mécanisme. Une expérience dont elle su profiter pour lancer son marché national du carbone.

Depuis 2011, sept régions à travers le pays expérimentent des projets pilotes d’échanges de quotas d’émission de dioxyde de carbone sur la base du système cap and trade. Cette année, la Chine devrait généraliser ce marché à l’échelle nationale. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement va désigner 10 000 entreprises œuvrant dans 8 secteurs : pétrochimie, produits chimiques, matériaux de construction, acier, métaux ferreux, fabrication du papier, production d’énergie et l’aviation. Le marché chinois du carbone couvrira lors de son lancement quelques 4 milliards de TéqCO2 soit près de la moitié des émissions de gaz à effet de serre du pays.

Les chinois s’inscrivent comme des artisans de la transition énergétique mondiale qui est en cours. Finalement pas si étonnant pour un pays qui serait à l’origine de ce « canular pour nuire à la compétitivité des États-Unis » qu’est le changement climatique. Sauf que le pays paie également un lourd tribut, que ce soit sur ses rendements agricoles ou à plus court terme sur la qualité de son eau ou de son air. Ces deux sujets sont d’ailleurs les principales préoccupations de la population chinoise dont la moitié se dit prête à limiter la pollution quitte à ralentir la croissance.