Les émissions négatives

Pour limiter le réchauffement à 2°C, voire 1,5°C, la volonté politique ne suffira pas.
Ni d’ailleurs la réduction drastique de nos émissions de gaz à effet de serre : l’Agence Internationale de l’Énergie estime que si tous les efforts d’atténuation nécessaires sont menés, il restera 9 milliards de TéqCO2 à retirer de l’atmosphère en 2050. Il faudra donc produire des émissions dites négatives.

Première piste, renforcer la séquestration du CO2 par les puits de carbone naturels.
Les océans, principaux poumons de la planète, captent un tiers des émissions anthropiques. Ils sont d’ailleurs saturés et semblent commencer à s’acidifier. Alors si certaines techniques comme l’adjonction de fer sont probantes, augmenter leurs capacités de stockage de carbone apparait comme dangereux et délicat au regard de l’immensité de ces éléments de base de la machine climatique.
Le potentiel de séquestration du carbone par le couvert végétal n’est pas négligeable. La mise en œuvre de projets de reforestation et d’afforestation apparait comme une sérieuse option, déjà largement activée. Mais pour compenser les émissions de la plupart des pays développés, il faudrait planter une surface bien plus grande que l’ensemble de leurs propres territoires.
A la croisée des océans et de la forêt, la conservation et la restauration d’écosystèmes côtiers est également une solution qui a fait ses preuves et qui comme tout bon projet d’agroforesterie est remarquable par ses cobénéfices en matière de biodiversité et de protection des côtes.
On estime que les sols stockaient à la fin du XXe siècle environ 2 000 gigatonnes de carbone sous forme de matière organique, soit trois fois le carbone contenu dans l’atmosphère. Leur potentiel en terme de capacité de stockage est immense. Les chiffres avancés par l’initiative 4 pour 1000 via la généralisation de pratiques agricoles laissent rêveurs. Cependant, des doutes subsistent quant à une éventuelle dégradation de la matière organique, émettrice de carbone, si les sols venaient à stocker d’avantage de CO2.

Les solutions naturelles étant limitées, et marquées par la réversibilité des phénomènes de séquestration, les solutions technologiques complètent la famille des projets à émissions négatives.
La Capture et Stockage du Carbone (CSC) est incontournable selon le 5ème rapport du GIEC. Elle consiste à capturer les émissions carbonées directement à la sortie des cheminées des centrales à charbon. Mais l’enfouissement du CO2 dans des poches géologiques stables et imperméables n’est a priori pas sans conséquence et son coût reste encore prohibitif au regard du niveau des marchés du carbone.
Les micro algues sont des organismes qui se développent rapidement en stockant du carbone et en assainissant l’air ambiant. De nombreux projets sont à l’étude, notamment dans les rues de Paris !
Si certains ont tenté de changer l‘eau en vin, les géo-ingénieurs d’aujourd’hui cherchent à changer le CO2 en pierre en mélangeant du gaz carbonique à de l’eau et l’injectant profondément sous terre en espérant que le temps convertira le tout en minéraux.
Le CO2, déchet produit par la combustion de nos carburants, pourrait enfin lui-même devenir une matière première. Des carburants de synthèse à la valorisation du CO2 en substitution du pétrole pour certains usages chimiques, le recyclage du CO2 est à l’étude.

Se posent enfin de nombreuses questions au sujet de ces émissions négatives.
Au regard de la « responsabilité commune mais différenciée », qui doit mettre en œuvre ces émissions négatives ? Et dans quelle proportion ? Quelles sont les incitations financières ? Et surtout quel changement d’échelle car le temps des projets pilotes doit être révolu et il y a urgence à activer tous les leviers possibles qui nous installeront sur la trajectoire 2°C.

Sources :