L’Homme, nouvelle force géologique

Le climat souffle le froid et le chaud depuis que la vie existe sur Terre.
C’est grâce à un équilibre exceptionnel et fragile que nous jouissons d’une température de 15°C en moyenne qui rend notre planète vivable. Les changements climatiques ont écrit l’Histoire de l’Homme. Les exemples sont nombreux :
L’éruption il y a 73 000 ans du super volcan Toba qui expliquerait le goulet d’étranglement de population humaine. Événement qui correspond à la disparition d’une part substantielle de la population d’une espèce.
L’Empire romain, qui en pleine puissance et domination, se voit frappé au IIIe siècle par des sécheresses prolongées qui entrainent sa chute.
Les cités mayas dont la base matérielle reposait sur une agriculture dont le facteur limitant était la ressource en eau pluviale ont fait face à une série de sécheresses très sévères (40% de diminution des pluies d’été) entre 820 et 870 et entre 1020 et 1100. Cette période correspond à la déstabilisation des centres urbains et à une intensification des épisodes guerriers.
– Enfin en France, le contexte climatique ayant précédé l’année 1789 (printemps-été chaud suivi d’intempéries, puis hiver rigoureux) ont créé, par la hausse des prix du grain et des émeutes de subsistance, un terreau favorable à la Révolution française.
De façon générale, les changements climatiques affectent la production agricole. Un facteur qui exacerbe et amplifie les crises politiques, sociales et économiques.

Nous sommes aujourd’hui entrés dans une époque inédite, un territoire inconnu : c’est désormais l’Homme qui influe sur le climat. On appelle cette nouvelle ère géologique l’Anthropocène. Elle caractérise l’époque marquée par la capacité de l’Homme, par ses activités, à transformer la Terre. C’est Paul Crutzen, chimiste et prix Nobel néerlandais, qui a évoqué ce terme en 2002.
Pour officialiser cette nouvelle ère, il faut identifier un signe tangible de la trace de l‘homme dans les strates géologiques. A l’instar des traces d’iridium issu de la météorite qui a frappé la Terre, sonné le glas des dinosaures, et signé la fin du Cétacé. De ce point de vue, Iroshima, le 16 juillet 1945, pourrait être le point de départ puisque des résidus radioactifs sont visibles jusque dans les glaces de Vostok.

Trois thèses prédominent pour valider ce basculement de l’Holocène à l’Anthropocène :
Au néolithique, il y a 9 000 ans, avec les débuts de l’agriculture et de l’élevage.
– Au XVIIIe siècle, c’est-à-dire lors de la révolution thermo-industrielle. L’année 1784, brevet de Watt perfectionnant la machine à vapeur, pourrait faire office de référence symbolique.
Au milieu du XXe siècle, ce que l’on surnomme la « grande accélération ». Période où les indicateurs humains tels que la démographie, la consommation d’eau ou d’énergie, les émissions de CO2, l’extinction de la biodiversité, le recul des forêts commencent à s’intensifier sous l’effet des activités de l’Homme. 
Quoi qu’il en soit des scientifiques réunis en aout 2016 ont voté lors du Congrès géologique international, que le passage à l’Anthropocène devait bel et bien être déclaré.

C’est la première fois qu’une espèce réussit un tel tour de force : en seulement quelques décennies, l’Homme a bouleversé et dégradé une majeure partie de son environnement. Il est désormais une force géologique majeure. Véritable remise en question de notre modèle de développement depuis deux siècles, l’Anthropocène comme le dit Christophe Bonneuil nous condamne à la responsabilisation.

Aller plus loin :
> L’évenement Anthropocène, Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz – Edition Le Seuil
> Voyage dans l’Anthropocène, Claude Lorius et Laurent Carpentier – Edition Actes Sud

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