Des ppm aux budgets carbone : les limites à ne pas dépasser

Degrés Celsius, consommation d’énergies fossiles, niveaux de concentration en CO2 ou tonnages carbone, de nombreux indicateurs existent pour illustrer les limites à ne pas dépasser pour contenir le réchauffement climatique. Tour d’horizon.

  • Gravés dans le marbre à Copenhague lors de la COP15, les 2°C constituent la limite la plus populaire. Fixés par des scientifiques allemands dans les années 1990, ils correspondent à la moitié de la différence de température qui nous sépare de la dernière période glaciaire qui a pris fin il y a 10 000 ans environ. Selon le GIEC, la moyenne mondiale de la température a d’ores et déjà augmenté d’1°C au cours de la période 1901-2012 par rapport à l’ère préindustrielle. Il nous resterait donc 1°C de marge de manœuvre d’ici à 2100. Voire 0,6 °C si nous voulions respecter les 1,5 °C mentionnés dans l’Accord de Paris. Notons que si l’humanité disparaissait demain, nos émissions passées combinées à la restitution de la chaleur emmagasinée par les océans continueraient de réchauffer la planète de plusieurs dixièmes de degrés.
  • Les parties par million (ppm) mesurent le niveau de concentration en CO2 dans l’atmosphère. Au début de la civilisation humaine, l’atmosphère contenait environ 280 ppm de CO2. En 1981, la première station de mesure de la concentration du CO2 enregistrait une valeur de 339 ppm. En 1986, le seuil des 350 ppm est popularisé par James Hansen, célèbre climatologue de la NASA. Selon lui, en dépassant cette limite « la planète entre dans une zone d’incertitude». Si dans les années 1980 le taux de croissance de la concentration du CO2 n’était que de 1,3 ppm par an, il dépasse 2 ppm par an depuis 2012.  Pour certains scientifiques, 450 ppm correspondent aux 2°C et actuellement, nous affichons 407 ppm.
  • Principale cause de l’augmentation de la concentration en gaz à effet de serre dans l’atmosphère, les énergies fossiles sont un bon indicateur économique pour fixer les limites de réchauffement. Ainsi, pour ne pas dépasser 2°C, il faudrait laisser inexploitées 80% de nos réserves d’énergies fossiles. Plus précisément, un tiers des réserves pétrolières, la moitié des réserves de gaz et plus de 80% du charbon.
  • Enfin, les limites de réchauffement à ne pas dépasser peuvent se calculer en fonction des tonnes de carbone que nous pouvons encore émettre dans l’atmosphère. C’est ce qu’on appelle le budget carbone.
    Selon le GIEC, en 2011, pour avoir de bonnes chances (66%) de limiter le réchauffement à 2°C, le budget carbone mondial était de 1000 milliards de tonnes de CO2. Or, entre 2011 et 2016, 238 milliards de tonnes ont été émises : notre budget carbone est donc de 762 milliards de tonnes aujourd’hui. Au rythme d’environ 40 milliards de tonnes par an, niveau d’émissions observées en 2016, 19 années suffiraient à consommer la totalité de ce budget carbone 2°C. Quant au « budget 1,5 °C » il serait, à ce rythme, scellé dès 2020.

Et par personne ?
On considère que la planète dispose pour rester sous la barre des 2°C d’un budget carbone de 12 milliards de tonnes par an. Chacun des 6 milliards d’habitants de la planète a donc un budget carbone personnel d’environ 2 TéqCO2 par an.

Selon une récente étude parue dans Nature Climate Change, nous n’aurions plus que 5% de chance de limiter le réchauffement à 2°C.