Réconcilier l’Afrique et le MDP

Continent le plus affecté par le changement climatique, où près de deux tiers de la population vit de l’agriculture, l’Afrique a jusqu’à présent très peu profité des mécanismes de développement propre instaurés dans le cadre du Protocole de Kyoto. Sur les 8000 projets MDP, moins de 300 sont africains, quand plus de 4000 sont chinois. Les freins sont connus : manque de stabilité politique, de capacités des administrations à gérer des grands projets, et taille des projets trop limitée car technologies souvent diffuses. Un autre facteur a concouru à ce désintérêt des investisseurs : l’Afrique émet trop peu de gaz à effet de serre !  Il n’est donc pas rentable de réduire des émissions… qui n’existent pas encore.
Le Kenya, l’Ouganda et la Zambie ont été les principaux bénéficiaires des projets MDP qui pour la plupart portent sur la diffusion de foyers de cuisson améliorés.

Mais l’Afrique n’a pas dit son dernier mot : 34 pays africains sur 55 font référence aux mécanismes de marché et à l’utilisation de crédits de compensation dans leurs engagements dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat (CPDN).
A l’instar de l’Éthiopie, dont le projet de tramway électrique est estampillé MDP, les gouvernements africains comptent recourir aux mécanismes de compensation carbone volontaire ou réglementée pour financer leur trajectoire de développement propre. Des partenariats stratégiques sont d’ores et déjà en cours de construction.
Par exemple le Japon qui cherche à assurer dès aujourd’hui son approvisionnement en crédits carbone. Parmi les 10 pays avec lesquels Tokyo a engagé des discussions, deux sont africains : l’Éthiopie et le Kenya. Les japonais devraient y accompagner des projets d’électrification rurale via le développement de petits barrages hydroélectriques.

Le sujet a bien été abordé par les 600 participants, délégués et ministres qui se sont réunis fin juin lors de l’Africa Carbon Forum à Cotonou, au Bénin. Les conclusions officielles apportent un élément de réponse pour l’avenir : « Les pays africains doivent travailler en plus étroite collaboration lorsqu’ils mettent en œuvre des plans d’action nationaux pour le climat et qu’ils mobilisent des financements climat. Ils doivent également mieux intégrer les enjeux climatiques dans leurs politiques de développement durable ».

La contribution des nouveaux mécanismes carbone au développement durable sera au cœur des attentes des africains. Des mécanismes qu’on appelle d’ailleurs désormais MDD, pour Mécanisme de Développement Durable. L’opérationnalisation de l’Article 6 de l’Accord de Paris devrait donc être suivie de près par les pays Africains qui pourraient entamer une période salutaire de réconciliation avec les mécanismes de compensation carbone.