Sols et climat : 4 ou 40 pour 1000 ?

L’érosion des sols déplace 4,7 Milliards de tonnes CO2. Selon les scientifiques, de 20 à 50% de ce carbone est renvoyé à l’atmosphère, renforçant ainsi l’effet de serre. Le GIEC estime que le « secteur des terres » a un potentiel de réduction des émissions entre 20 et 60% d’ici 2030.

C’est sur la base d’une technologie naturelle parfaite, la photosynthèse, que le concept de « 4 pour 1000 » a été élaboré par des chercheurs de l’Inra à la fin du XXe siècle. Il vise à restaurer la fertilité de sols et piéger des gaz à effet de serre. Leur calcul est simple : les sols constituent au niveau mondial le troisième stock de carbone biologique après les océans et les roches sédimentaires. En captant du CO2 de l’air via la photosynthèse, une plante absorbe du carbone. Si cette plante se décompose dans le sol, elle lui restitue son carbone sous forme de matière organique. Le sol s’enrichit alors de carbone, et devient plus fertile, plus résilient.
La Charte « 4 pour 1000 », impulsée par la France, a été signée par 30 Etats, 8 organisations internationales, 27 instituts de recherche, 26 organisations professionnelles, 48 ONG et 27 associations d’entreprises. L’initiative vise à montrer que l’agriculture, et en particulier les sols agricoles, peuvent jouer un rôle crucial pour la sécurité alimentaire et le changement climatique.

Le calcul
A raison de 161 tonnes de carbone par hectare, les 149 millions de kilomètres carrés de la croûte émergée emprisonnent sur les deux premiers mètres de profondeur un total de 2.400 gigatonnes de carbone. Si on cherche à y ajouter les 8,9 gigatonnes de CO2 émises annuellement par l’humanité, il faut augmenter le stock de carbone de 0,4 %, ou 4/1000.

Comment augmenter ce stock de carbone ?
En gérant mieux les surfaces, en reforestant, en réduisant le labour, en augmentant les couverts intermédiaires, et en faisant de l’épandage de matières organiques.
L’ambition de l’initiative est d’inciter les acteurs à s’engager dans une transition vers une agriculture productive, hautement résiliente, fondée sur une gestion adaptée des terres et des sols, créatrice d’emplois et de revenus et ainsi porteuse de développement durable. Des évolutions minimes du stock de carbone des sols ont des effets majeurs tant sur la productivité agricole que sur le cycle mondial des gaz à effet de serres.

Nuance
Le chiffre de « 4 pour mille » ressemble un peu aux 2°C, il est issu d’un calcul un peu simpliste.
Tout d’abord, toutes les terres ne peuvent pas séquestrer le carbone. Certains spécialistes ont donc refait les calculs : en considérant que le potentiel d’augmentation du stockage de carbone se situe principalement dans les terres agri­coles, seulement 3.900 à 4.900 millions d’hectares sont disponibles pour séquestrer un total de 1,9 à 3,1 gigatonnes de carbone. C’est assez pour compenser 20 à 35 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pour mieux faire, il faudrait donc porter l’objectif d’augmentation du taux de séquestration à « 40 pour mille ».
Ensuite, cette théorie fonctionne si on maintient une gestion des sols sur le long terme car les taux de séquestration diminuent dans le temps. Enfin, des effets biophysiques peuvent survenir et limiter le taux de carbone séquestré. Par exemple, si on intègre un couvert de paille sur des cultures, on peut observer une hausse de l’albédo. L’apport en carbone dans le sol devient alors négligeable.

L’initiative « 4 pour 1000 » est sans aucun doute une avancée, les sols ayant trop souvent été les oubliés de la lutte contre les changements climatiques. Mais les tenants et aboutissants de cet objectif restent à affiner car il n’y a encore pas si longtemps on pouvait entendre : « On connait mieux la lune que les sols de la Terre ».

En savoir plus :
Site 4 pour 1000
– La video du CIRAD : 4 pour 1000, Les sols pour la sécurité alimentaire et le climat