Les entreprises passent à l’ACT pour leur démarche bas-carbone

Dans un contexte politique complexe et suite à une COP 24 décevante, un cheval de bataille semble tout de même faire consensus dans la lutte contre les changements climatiques : la neutralité carbone. L’Accord de Paris, le dernier rapport du GIEC et de nombreuses législations nationales y font référence comme un horizon à atteindre rapidement autant pour les États que pour les entreprises. Ces dernières en particulier devront rapidement fournir des efforts sincères et volontaires pour adopter des modes de fonctionnement bas-carbone. Mais dans l’urgence du contexte climatique et alors que les émissions de CO2 repartent à la hausse, comment les entreprises peuvent-elles atteindre la neutralité carbone en 2050 ? Quels outils crédibles sont à leur disposition pour certifier leur démarche bas-carbone ? 

Le Bilan Carbone©, un regard vers le passé

Qu’en est-il alors du désormais célèbre Bilan Carbone© ? Celui-ci reste pertinent en ce qui concerne la mesure des émissions de gaz à effet de serre (GES), mais il ne s’intéresse qu’aux émissions passées des entreprises. En effet, réaliser un Bilan Carbone© sert avant tout à identifier les postes d’émissions de l’entreprise sur ses différents scopes. Une démarche utile mais qui ne constitue que les fondations d’une stratégie de réduction des émissions dans le futur.

S’il est évidemment utile d’analyser les émissions de GES résultants de l’activité d’une entreprise, la réponse au défi climatique se construit dès aujourd’hui et dans les années à venir. En d’autres termes, après une approche d’évaluation des émissions il est nécessaire de passer à une approche prospective de réduction des émissions. D’après le dernier rapport du GIEC, il est en effet impératif de réduire les émissions de CO2 de 45% d’ici 2030 pour atteindre la neutralité carbone aux alentours de 2050 et limiter le réchauffement global moyen à 1,5°C, conformément aux objectifs de l’Accord de Paris.

Assessing low-Carbon Transition (ACT), une vision du futur

L’ADEME a donc profité de la COP24 de Katowice, en Pologne, pour présenter l’outil ACT (Assessing low-Carbon Transition) que ses équipes ont développé en partenariat avec le CDP (anciennement Carbon Disclosure Project). Alors que les entreprises cherchent toujours plus à être en accord avec les objectifs de l’Accord de Paris, ACT permet justement de réaliser des évaluations de stratégies bas-carbone afin de faire coïncider les engagements qu’elles prennent avec l’objectif des 1,5°C.

Une vision globale du passé, présent et perspectives de l’entreprise

Lancé en 2015, à l’occasion de la COP21, cet outil de pilotage de l’ADEME compte avant tout renforcer la lisibilité de la démarche bas-carbone des entreprises. Il permet de rendre plus transparents les moyens qu’elles consacrent à l’atteinte de leurs objectifs environnementaux. Toutes ces informations se révèlent particulièrement utiles pour orienter les choix d’investisseurs vers des entreprises vertueuses. Concrètement, la méthodologie ACT est basée sur cinq questions :

  • A quoi l’entreprise s’engage-t-elle ?
  • Comment l’entreprise compte-t-elle y parvenir ?
  • Que fait l’entreprise actuellement ?
  • Qu’a mis en place l’entreprise dernièrement ?
  • Comment ses plans et ses actions s’articulent entre eux ?

La note ACT est ensuite basée sur la réponse à ces cinq questions, elle est établie à l’aide d’une méthodologie propre à chaque secteur d’activité et qui comprend un ensemble d’indicateurs dédiés aux investissements, actions et stratégies des entreprises. Cette notation fait donc état des moyens déjà déployés et des engagements pour l’avenir, elle permet alors de valoriser la démarche d’une entreprise vertueuse ou de l’orienter pour revenir sur la trajectoire d’une réelle transition bas-carbone en cas de besoin.

Finalement, la note ACT comporte 3 grandes dimensions :

  • Une note de performance de 1 à 20, établie en fonction d’indicateurs concrets basés sur la démarche Science Based Targets.
  • Une note d’évaluation de A à E sur la cohérence et la pertinence de la démarche pour une transition bas-carbone, établie par un expert indépendant ayant un regard extérieur
  • Une indication de tendance, positive (+), neutre (=) ou négative (-) sur la dynamique au cours du temps de l’entreprise.

Une notation parfaite serait alors « 20A+ », une moyenne « 10C= » et la plus mauvaise possible « 1E-« .

Une démarche volontaire en voie de généralisation

Trois secteurs d’activité sont concernés en premier lieu : la grande distribution, la production d’électricité  et l’automobile. Bien entendu, ils ne sont pas choisis au hasard, le secteur de la production d’électricité, par exemple, devra voir ses émissions baisser de 90% d’ici 2050 pour suivre une trajectoire à 1,5°c. Après une phase pilote avec de grands groupes internationaux, une expérimentation a été mené auprès de PME et Entreprises de Taille Intermédiaires de 6 secteurs (électricité, commerce, automobile, transport, bâtiment et agroalimentaire). Si la mise en œuvre de cette initiative est satisfaisante, elle aura vocation à se développer à l’échelle internationale et sur l’ensemble des secteurs.

L’objectif principal étant de parvenir à des scénarios de transition à 2050 en ligne avec l’Accord de Paris. L’entreprise doit donc prendre en compte les exigences d’une trajectoire de réchauffement global de 2°c, voire même 1,5°c, mais aussi l’adaptation  aux changements climatiques. Les rapports du GIEC, les différents textes législatifs issus des négociations internationales sur le climat, le Deep Decarbonisation Pathway Project de l’IDDRI et l’initiative Science Based Targets servent, pour cela, de référence.

Pour plus de détails, l’Association Bilan Carbone propose une formation à l’ACT sur son site.

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BEGES : l’ADEME demande un retour d’expérience

L’ADEME lance sa 2nde campagne d’évaluation des bilans d’émissions de gaz à effet de serre (BEGES) pour les secteurs publics, les entreprises et les collectivités. Les organisations concernées ont jusqu’à la fin du mois de juillet pour participer à cette enquête qui permettra de mieux connaitre la manière et l’efficacité dont ont été effectués les bilans d’émissions.

Depuis 2010, les entreprises de plus de 500 salariés (hors outre-mer), les établissements publics de plus de 250 agents et les collectivités de plus de 50 000 habitants ont l’obligation de publier leur Bilan d’émissions de GES. Grâce à la toute nouvelle plateforme mise en ligne par l’ADEME, ils sont consultables publiquement. Depuis le début de l’année, plus de 415 bilans ont été réalisés et publiés dont 351 entreprises, 57 collectivités et 7 autres (ONG, etc…).

La plateforme regroupe également une multitude d’informations et de conseils permettant entre autres aux particuliers d’effectuer leur propre bilan de GES. Quant à la Base carbone ®, les 350 facteurs d’émissions récemment ajoutés porte à plus de 1732 le total des facteurs d’émissions répertoriés. Ils permettent d’évaluer les différents régimes alimentaires, la consommation électrique ou l’impact du gaspillage. 18 guides pratiques et pédagogiques sont enfin mis à disposition afin d’appréhender toutes les questions que l’on peut se poser sur les émissions de gaz à effet de serre. Le dernier Guide est à destination des entreprises et propose un éclairage de praticiens quant à l’intégration des émissions indirectes dans les bilans d’émissions de gaz à effet de serre et les avantages qui en découlent.

Retrouvez toutes ces informations sur le site www.bilans-ges.ademe.fr

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